THE JOURNAL · Organization

Rapporter des souvenirs sans transformer sa maison en musée

Trois stratégies simples pour rapporter des souvenirs de voyage sans accumuler : choisir ce qui se consomme, remplacer un objet existant ou limiter sa collection à un espace précis.

Un souvenir consommable, un objet qui remplace et une collection limitée n’occupent pas la maison de la même façon.

Un aimant sur le frigo ne pose pas vraiment de problème. Une tasse non plus. Une petite figurine encore moins. C'est après dix ou quinze voyages que l'effet cumulatif devient visible : une tablette consacrée aux souvenirs, puis deux, des objets rangés dans des boîtes et d'autres qu'on conserve surtout parce qu'ils viennent d'un endroit particulier.

La solution n'est pas nécessairement de revenir de voyage les mains vides. Un objet peut réellement servir de déclencheur à un souvenir. Des recherches sur les possessions personnelles montrent d'ailleurs que des photos, bijoux, souvenirs et autres objets peuvent faire ressurgir des événements ou des émotions. Mais tous les objets n'ont pas le même pouvoir évocateur : certains rappellent un événement précis, certains plusieurs souvenirs, et d'autres presque rien.

Une autre approche consiste donc à décider, avant même l'achat, comment le souvenir va entrer dans la maison. Trois stratégies permettent d'éviter l'accumulation : rapporter quelque chose qui sera consommé, choisir un objet qui en remplacera un autre ou donner à sa collection une limite physique.

1. Rapporter un souvenir qui se consomme

Le souvenir le plus facile à ranger est celui qui n'a pas vocation à rester.

Café, thé, chocolat, épices, biscuits, condiments ou autres spécialités locales permettent de rapporter une partie du voyage sans ajouter un nouvel objet permanent au décor. La même logique peut s'appliquer à certains savons, produits de soin ou bougies.

L'intérêt n'est pas seulement de gagner de la place. Ces souvenirs peuvent aussi prolonger le voyage par leur utilisation : préparer un plat avec une épice rapportée, ouvrir un paquet de café quelques semaines plus tard ou partager une spécialité avec des proches.

Il faut toutefois éviter de transformer cette stratégie en garde-manger de souvenirs. Un produit consommable n'est intéressant que s'il existe une chance réaliste de le consommer. Six thés achetés parce que leurs boîtes sont jolies peuvent finir par encombrer une armoire aussi sûrement que six bibelots.

Une question suffit souvent :

Est-ce que ce produit sera réellement utilisé avant d'être oublié au fond d'une armoire?

Attention au retour au Canada

Un produit vendu librement dans le pays visité n'est pas automatiquement admissible au Canada. Les exigences varient notamment selon le type d'aliment et son pays d'origine. L'Agence canadienne d'inspection des aliments demande également aux voyageurs de déclarer tous les produits alimentaires rapportés au pays.

Pour un souvenir gourmand, mieux vaut donc vérifier les règles canadiennes avant l'achat, surtout pour la viande, les produits d'origine animale, les végétaux et certains produits frais.

2. Remplacer un objet plutôt que d'en ajouter un

« Acheter quelque chose d'utile » semble être une bonne règle, mais elle a une faiblesse : les objets utiles s'accumulent eux aussi.

Une neuvième tasse reste une neuvième tasse, même si elle sert de temps en temps.

La stratégie devient beaucoup plus efficace lorsqu'on passe de l'objet utile à l'objet de remplacement.

Une tasse achetée pendant un voyage peut remplacer une tasse ébréchée. Un linge à vaisselle fabriqué localement peut prendre la place d'un linge usé. Un sac, un foulard, un bol, une affiche ou un petit objet de décoration peuvent suivre la même logique.

Le souvenir n'a alors pas besoin d'une nouvelle place : il reprend une fonction et un espace qui existaient déjà.

Cela change aussi la manière de magasiner en voyage. Il n'est pas nécessaire de chercher uniquement dans les boutiques de souvenirs. Un objet acheté dans une boutique d'artisan, un marché ou un commerce fréquenté au quotidien peut devenir associé au voyage tout en ayant une vraie fonction une fois de retour à la maison.

Le bon test n'est donc pas :

« Est-ce utile? »

mais plutôt :

« Qu'est-ce que cet objet remplacera chez moi? »

S'il n'y a pas de réponse précise, il s'agit probablement d'un objet supplémentaire, même s'il est fonctionnel.

Cette règle peut aussi conduire à différer un achat. Une belle assiette aperçue au début du séjour devient beaucoup plus intéressante si l'on sait déjà qu'une assiette à la maison doit être remplacée. À l'inverse, acheter un service complet simplement parce qu'il est « pratique » recrée exactement le problème que l'on cherchait à éviter.

3. Donner une limite physique à sa collection

Certains souvenirs ne sont ni consommables ni destinés à remplacer quoi que ce soit. Une sculpture, une pierre, une miniature ou un objet artisanal peut être choisi simplement parce qu'on souhaite le garder.

Dans ce cas, le plus simple est de ne pas limiter la collection par un nombre arbitraire, mais par l'espace qu'on accepte de lui consacrer.

Une tablette. Une petite vitrine. Une boîte. Un tiroir. Une partie d'un mur.

Cette limite est beaucoup plus concrète que « pas plus de 20 souvenirs ». Vingt cartes postales et vingt objets en céramique n'occupent évidemment pas le même volume.

Le principe fonctionne également pour les souvenirs sentimentaux déjà accumulés. Certaines méthodes d'organisation utilisent précisément des contenants attribués aux objets personnels : la capacité disponible oblige à sélectionner ce qui mérite réellement d'y rester.

Quand l'espace est plein

Une limite n'est utile que si elle reste une limite.

Lorsque la tablette ou la boîte est pleine, un nouveau souvenir peut prendre la place d'un ancien. On peut aussi décider que le nouvel objet ne compte finalement pas assez pour entrer dans la collection.

Ce qu'il vaut mieux éviter, c'est le réflexe qui consiste à acheter une deuxième étagère dès que la première est pleine. La collection vient alors de décider elle-même de l'espace qu'elle occupera dans le logement.

La contrainte fonctionne dans l'autre sens : c'est la maison qui fixe la taille de la collection.

Le choix entre étagères ouvertes et armoires fermées aide à décider ce qui reste exposé.

Un souvenir consommable, un objet qui remplace et une collection limitée n’occupent pas la maison de la même façon.

Tous les souvenirs ne méritent pas forcément la même place

Les recherches sur les objets comme déclencheurs de mémoire apportent une nuance intéressante : posséder un objet lié à un voyage ne garantit pas qu'il fera ressurgir un souvenir précis.

Cela donne une bonne raison de réexaminer occasionnellement une collection sans pour autant appliquer une règle de désencombrement radicale.

On peut distinguer trois situations.

Un objet qui déclenche immédiatement une histoire, un lieu ou une personne a probablement une fonction mémorielle claire.

Un objet apprécié principalement pour lui-même peut très bien rester, mais il devient alors davantage un élément de décoration ou une collection qu'un support de mémoire.

Enfin, un objet dont on se rappelle à peine l'origine mérite peut-être d'être reconsidéré.

Le but n'est pas de tester froidement chaque souvenir. Il s'agit simplement d'éviter que l'étiquette « sentimental » rende automatiquement chaque objet intouchable.

Que faire des souvenirs déjà accumulés?

Il n'est pas nécessaire de jeter une collection existante pour adopter ces trois stratégies lors des prochains voyages.

On peut commencer par sortir les souvenirs de leurs différentes boîtes et armoires afin de voir la collection dans son ensemble. Les objets particulièrement significatifs peuvent être exposés. Les petits documents --- billets, cartes, reçus, brochures --- peuvent être regroupés dans une boîte ou un album de dimensions définies.

Certains éléments peuvent également être photographiés avant de s'en départir. La photographie ne reproduit pas toutes les caractéristiques d'un objet physique et ne doit donc pas être présentée comme un substitut parfait. Elle peut cependant conserver une trace lorsqu'on souhaite garder l'histoire associée à un objet sans conserver l'objet lui-même.

Une autre possibilité consiste à faire une rotation. Une petite zone d'exposition peut accueillir quelques souvenirs à la fois, tandis que le reste est rangé dans un contenant limité. Changer les objets exposés permet de les revoir réellement plutôt que de laisser une grande collection se fondre progressivement dans le décor.

Pour ce qui est déjà à la maison, on peut trier et conserver les objets souvenirs sans garder toutes les choses.

Certains souvenirs méritent une vérification avant l'achat

L'encombrement n'est pas la seule question à se poser.

Les souvenirs fabriqués à partir de corail, de coquillages, de peaux, de plumes ou d'autres matières animales ou végétales peuvent être soumis aux règles de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES).

Environnement et Changement climatique Canada rappelle notamment que des produits provenant de tortues marines, de certains crocodiliens, du lambi et du corail font partie des souvenirs touristiques qui peuvent être concernés. Le fait qu'un objet soit vendu légalement ou ouvertement à destination ne garantit pas qu'il puisse franchir la frontière canadienne.

Pour ce type d'objet, la meilleure règle est simple : vérifier avant d'acheter plutôt que découvrir le problème à l'aéroport.

Trois questions avant de passer à la caisse

Il n'est pas nécessaire d'appliquer une philosophie minimaliste à chaque achat. Les trois stratégies peuvent simplement devenir un petit filtre au moment où un souvenir donne envie.

Est-ce que je vais le consommer?

Dans ce cas, il disparaîtra naturellement après avoir rempli son rôle.

Est-ce qu'il remplacera quelque chose que je possède déjà?

Il pourra entrer dans la maison sans augmenter le nombre d'objets.

Est-ce qu'il tient dans l'espace que j'ai réservé à ma collection?

Il rejoint alors une collection dont la taille maximale a déjà été décidée.

Un souvenir peut ne répondre à aucune de ces trois questions et mériter quand même d'être acheté. La différence est qu'on sait alors exactement ce que l'on fait : on choisit consciemment d'ajouter un nouvel objet permanent à la maison.

C'est une décision très différente de celle qui consiste à chercher une place pour lui une fois les valises défaites.

À retenir

Rapporter moins de souvenirs n'oblige pas à rapporter moins de souvenirs significatifs. Une spécialité que l'on consommera, un objet quotidien qui en remplace un autre ou une petite collection contenue dans un espace défini peuvent tous conserver un lien avec le voyage sans laisser chaque séjour agrandir progressivement le logement.

La règle peut tenir en trois verbes : consommer, remplacer, contenir. Tout le reste reste possible, mais devient un choix conscient plutôt qu'une accumulation par défaut.

Sources et lectures

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