THE JOURNAL · Smart home

Le jour où mon appartement a commencé à agir sans moi

Mes scénarios réels dans un appartement loué : présence, purificateurs, chauffage, Telegram et maître-interrupteur avec Home Assistant.

Mon appartement : salon, cuisine et salle de bain. Cadrage choisi par l’auteur dans MonChezMoi Atelier.

Pour moi, une maison intelligente devrait pouvoir anticiper mes besoins : estimer quand je vais rentrer, apprendre mes habitudes et préparer une température confortable avant mon arrivée. C’est la direction dans laquelle je souhaite aller. Mais ce niveau d’anticipation n’est pas encore à la portée de tout le monde : il demande une installation adaptée, des données et du temps pour la mettre au point.

Mon appartement n’en est pas encore là. Aujourd’hui, il observe des événements, vérifie des conditions et exécute des règles que j’ai définies. C’est une étape concrète vers cette vision, avec des automatismes qui me rendent déjà service.

Je le considère donc comme un véritable système de maison intelligente Gen 1, avec un objectif pour la suite : évoluer vers une maison capable d’anticiper.

Ce jugement repose sur la grille des quatre générations proposée par MonChezMoi : la Gen 0 correspond à la maison que l'on commande, la Gen 1 à celle qui réagit automatiquement, la Gen 2 ajoute du contexte extérieur et la Gen 3 commence à anticiper. Cette grille n'est pas une norme de l'industrie; c'est un vocabulaire pratique pour distinguer des systèmes souvent vendus sous la même étiquette « intelligent ».

L'installation décrite ici existe réellement. Elle fonctionne dans un appartement loué où vit une seule personne. Elle n'a pas été conçue d'un seul coup et elle n'est pas particulièrement spectaculaire. Elle s'est construite à partir de petits problèmes domestiques, avec du matériel déjà disponible, puis elle a évolué jusqu'à une architecture dans laquelle Home Assistant exécute la logique et Telegram sert aussi de canal de dialogue.

Pour situer ces scénarios, on peut lire Les 4 générations de la maison intelligente.

C'est précisément ce qui la rend intéressante : elle montre à quoi ressemble une Gen 1 lorsqu'elle sort des exemples théoriques.

Pourquoi une télécommande ne me suffit pas

Au début, une partie des appareils était déjà dans Xiaomi Home. Il était possible de les commander depuis un téléphone et de créer des scènes regroupant plusieurs actions.

C’était utile, mais le problème de la Gen 0 est qu’elle exige encore une action humaine chaque jour, pour chaque tâche récurrente : sortir le téléphone, choisir une scène, allumer ou éteindre. Même regroupées dans une application, ces commandes continuent de réclamer mon attention.

Avec la Gen 1, les règles prennent en charge ce fonctionnement quotidien. L’objectif est que je n’aie à intervenir que si quelque chose ne se passe pas comme prévu : une détection erronée, un appareil qui ne répond pas ou une situation exceptionnelle. Dans mon scénario d’absence, Telegram me laisse justement corriger une conclusion erronée; sans correction, l’automatisation poursuit son travail.

Dans la grille MonChezMoi, c'est de la Gen 0 :

humain → commande → appareil

La rupture arrive lorsque le système peut constater quelque chose et agir sans attendre cette commande. C'est ce que fait maintenant l'installation.

Pourquoi je suis passé à Home Assistant

Les scènes de Xiaomi Home m’ont permis de commencer. Mais mes scénarios ont fini par demander une logique commune : suivre la présence, attendre une durée d’absence, vérifier une condition à une heure précise, poser une question sur Telegram et laisser une réponse interrompre la suite.

J’ai donc eu besoin de passer à Home Assistant. Dans mon automatisation, il relie ces étapes et conserve un état commun de la maison. Il peut aussi regrouper les appareils concernés par une étiquette, leur appliquer une consigne et envoyer une notification. Le chauffage du soir utilise le même maître-interrupteur pour vérifier s’il doit démarrer.

Ce sont ces possibilités, utilisées dans mes propres règles, qui donnent un sens à ce changement : les appareils participent enfin à un même scénario.

Cette logique commune est aussi le point de départ des automatisations utiles fondées sur les situations du quotidien.

Trois situations, deux purificateurs

Les deux purificateurs n’ont pas besoin de fonctionner de la même façon toute la journée. Sur mon plan, le repère 1 désigne celui du salon, à gauche; le repère 2, celui de la chambre, en haut à droite.

La nuit, celui de la chambre est éteint pour ne pas me déranger. Celui du salon continue de travailler en mode silencieux.

Le jour, celui de la chambre fonctionne à pleine puissance. Il peut brasser l’air sans que son bruit gêne quelqu’un dans cette pièce. Celui du salon continue de fonctionner en mode silencieux.

Quand je ne suis pas à la maison, les deux fonctionnent à pleine puissance : ils profitent de mon absence pour purifier l’air sans me faire subir leur bruit.

Le plan sert à voir immédiatement quel appareil reçoit quelle consigne. Choisissez une situation : gris signifie éteint, vert signifie silencieux et turquoise signifie pleine puissance. Ce sont les scénarios que je décris, pas des mesures en direct de la qualité de l’air.

La nuit : salon silencieux, chambre éteinte.

1 : salon; 2 : chambre. Les anneaux animés indiquent les appareils en fonctionnement : lentement en mode silencieux, plus vite à pleine puissance. Le jour : salon silencieux, chambre à pleine puissance. Illustration des scénarios, sans données en direct.

Avant de placer les appareils, lire le plan en suivant les parcours et les usages aide aussi à repérer les passages à garder libres.

Première information essentielle : suis-je à la maison?

Une grande partie de la logique repose sur une information simple : le téléphone principal est-il encore présent sur le réseau domestique?

L'iPhone est suivi à travers le réseau de la maison et le routeur Xiaomi. Home Assistant dispose ainsi d'un état de présence : le téléphone est à la maison ou il ne l'est pas.

Une application qui affiche « téléphone absent » ne fait qu'informer. Une automatisation peut utiliser cette information comme déclencheur ou condition et décider quoi faire ensuite.

Le téléphone devient donc, sans avoir été acheté pour cela, une sorte de capteur de présence.

L'automatisation la plus intéressante ne fait presque rien pendant 12 heures

Le scénario qui représente le mieux cette installation est aussi un bon exemple de ce que j'attends d'une maison intelligente : ne pas agir trop vite.

Si mon téléphone n'est plus détecté à la maison, le système ne conclut pas immédiatement qu'il faut tout arrêter. Il attend.

L'absence doit durer 12 heures sans interruption.

Le seuil de 12 heures n’entraîne pas une coupure immédiate. La vérification a lieu à 8 h, lorsque cette condition d’absence prolongée est remplie. La maison passe alors par Telegram et pose une question :

« Est-ce que tu étais à la maison? »

Pourquoi demander cela alors que le système possède déjà un signal de présence? Parce qu'un capteur peut se tromper, une connexion peut avoir un problème et une règle automatique ne mérite pas toujours une confiance absolue.

Si je réponds que oui, l'arrêt est annulé.

Si aucune confirmation n'arrive dans les cinq minutes, le système considère l'absence suffisamment crédible pour passer à l'étape suivante.

Une réponse affirmative annule l’arrêt. Sans confirmation après cinq minutes, l’automatisation continue.

Un maître-interrupteur, même dans un appartement loué

J’appelle cet état global le maître-interrupteur de la maison. Il indique si les automatismes et les appareils concernés doivent continuer à fonctionner normalement.

Si votre logement n’a pas de maître-interrupteur, une façon d’en obtenir un consiste à créer un interrupteur virtuel dans Home Assistant, puis à le relier à des règles et aux appareils que le système sait commander. C’est particulièrement intéressant dans un appartement loué : on peut construire cette commande commune sans modifier le câblage du logement.

Dans mon scénario, une étiquette identifie les appareils à arrêter. Les automatismes, comme le chauffage, vérifient aussi cet état avant de démarrer. Il faut donc définir ce que le maître-interrupteur commande : un bouton virtuel seul ne suffit pas à arrêter les appareils.

Après l'absence prolongée et la vérification par Telegram, ce mode global peut être désactivé. Home Assistant éteint alors les appareils auxquels a été attribuée une étiquette prévue pour cet arrêt de sécurité, puis envoie une notification.

Ce détail est important. Il aurait été possible d'écrire une liste fixe d'appareils dans l'automatisation. Une étiquette crée plutôt une catégorie fonctionnelle : tout ce qui doit être coupé dans cette situation.

Le scénario décrit donc une intention domestique, pas seulement une liste de prises.

La chaîne n'est plus :

je pense à vérifier la maison → j'ouvre une application → je cherche les appareils → je les éteins.

Elle devient :

absence prolongée → vérification → possibilité de correction humaine → arrêt automatique

Pour moi, c'est là que le mot « intelligent » commence réellement à avoir du sens.

Telegram n'est pas seulement une télécommande

Telegram peut servir d'interface de commande. Dans ce cas, la décision vient encore de l'humain. Il sert aussi à recevoir des notifications.

Mais il permet surtout à une automatisation déjà en cours de demander une information avant de continuer.

Dans le scénario d'absence, ce n'est pas moi qui pense à ouvrir Telegram pour vérifier la maison. C'est la maison qui initie l'échange parce qu'une situation particulière a été détectée.

Le système reste déterministe : il ne « comprend » pas réellement pourquoi le téléphone est absent. Mais il sait qu'après une longue absence une vérification supplémentaire est souhaitable.

Cette combinaison d'automatisation et de confirmation humaine me paraît plus intéressante que l'objectif de supprimer absolument toute intervention humaine.

Le chauffage montre une autre forme de Gen 1

Une deuxième automatisation concerne le chauffage du soir.

À 21 h, si le mode global de la maison est actif, Home Assistant allume le chauffage. Le système envoie alors un message Telegram pour signaler l'action et permettre un arrêt anticipé.

À 22 h, le chauffage est éteint.

La logique reste volontairement simple :

heure → vérification de l'état global → action

C'est exactement de la Gen 1.

Il n'y a pas de modèle prédictif qui apprend mes habitudes. Le système ne consulte pas mon calendrier pour déterminer si je serai à la maison et n'utilise pas encore la météo pour réinventer son horaire.

Il exécute une règle définie à l'avance et tient compte de l'état interne de la maison. Cela suffit déjà à supprimer une tâche répétitive tout en gardant un moyen d'intervention immédiate.

Une heure, une condition et une possibilité d’arrêt.

Quand je pars loin, le robot peut en profiter

Le bruit qui devient acceptable en mon absence ne concerne pas seulement les purificateurs. Si je suis parti assez loin, c’est aussi un bon moment pour lancer le robot aspirateur : il peut nettoyer sans circuler autour de moi.

La simple disparition du téléphone du réseau domestique ne dit pas à elle seule que je suis loin ni combien de temps je vais rester dehors. Le scénario doit donc distinguer un petit départ d’une absence qui laisse réellement le temps au robot de travailler.

C’est ici qu’apparaît une première piste pour la suite : le calendrier pourrait aider à interpréter ce départ. Un rendez-vous peut donner un indice sur le temps disponible avant mon retour. Pour l’instant, je présente cette analyse comme une évolution à construire, pas comme une fonction déjà active.

On passerait alors de « je suis absent, le robot peut démarrer » à « mon départ et mon calendrier laissent penser qu’il dispose du temps nécessaire ». Ce serait un premier pas vers la Gen 2, avant une anticipation apprise en Gen 3.

Une automatisation peut être sophistiquée sans devenir Gen 2

La règle d'absence combine une détection de présence, une durée de 12 heures, une heure précise, une question envoyée sur Telegram, un délai supplémentaire de cinq minutes, une réponse éventuelle, un état global, une catégorie d'appareils et une notification finale.

Elle est nettement plus complexe qu'une ampoule qui s'allume lorsqu'un détecteur voit un mouvement.

Pourtant, les deux appartiennent à la même génération.

La complexité ne définit pas la génération.

Dans la grille MonChezMoi, la Gen 1 peut contenir beaucoup de conditions et d'actions. Tant que le comportement repose essentiellement sur des règles explicitement écrites pour réagir à des événements et à l'état de la maison, il reste de la Gen 1.

La Gen 2 commence lorsque des informations qui existent pour autre chose que la domotique — calendrier, météo, horaire de travail, tarif d'électricité ou autre contexte extérieur — sont utilisées pour interpréter la situation.

Mon installation actuelle n'a pas besoin de franchir cette frontière pour être utile.

Le plus intelligent est parfois de demander

L'industrie de la maison intelligente présente facilement l'autonomie maximale comme un objectif en soi. Mon expérience me pousse plutôt dans une autre direction.

Pour une action facile à annuler et sans conséquence importante, la maison peut agir directement. Pour une décision fondée sur un signal imparfait et susceptible d'éteindre plusieurs appareils, prévoir une possibilité de correction humaine peut être plus utile que prétendre tout savoir. Dans mon scénario, une réponse affirmative annule l’arrêt, mais le silence pendant cinq minutes laisse l’automatisation continuer : l’action n’exige donc pas une autorisation explicite.

Il y a donc trois comportements intéressants :

agir automatiquement, lorsque la situation est suffisamment claire;

ne rien faire, lorsqu'une condition nécessaire manque;

demander, lorsque le système dispose de suffisamment d'information pour détecter un problème, mais pas forcément pour prendre seul la meilleure décision.

La troisième possibilité transforme le système en partenaire discret plutôt qu'en automate autoritaire.

La maison est Gen 1, mais tous ses objets ne le sont pas

Dire « mon appartement est Gen 1 » est un raccourci pratique. Plus précisément, ce sont ses scénarios automatisés qui fonctionnent en Gen 1.

Un appareil que je commande manuellement depuis son application reste en Gen 0. Le suivi de présence utilisé par une règle participe à un scénario Gen 1. Le chauffage programmé et conditionné par l'état global est Gen 1. L'arrêt de sécurité après une longue absence l'est également, même s'il contient beaucoup plus d'étapes.

Cette distinction évite une course absurde au chiffre le plus élevé. Je n'ai aucune raison de transformer chaque interrupteur en système prédictif.

Pourquoi je considère cela comme un véritable smart home

Plusieurs appareils viennent d’écosystèmes qui n’ont pas été conçus ensemble. Certaines décisions importantes repassent volontairement par Telegram.

Et pourtant, l'appartement possède quelque chose qu'une collection d'objets connectés n'a pas : une logique commune.

La présence peut influencer une décision. Un état global peut empêcher une action. Une heure peut déclencher un scénario. Un scénario peut demander une confirmation. Une réponse humaine peut interrompre la suite. Une catégorie entière d'appareils peut recevoir la même consigne.

C'est pour cela que je considère cette installation comme une maison intelligente à part entière — une maison intelligente Gen 1.

Elle ne cherche pas encore à comprendre ma journée ni à prédire ce que je ferai ensuite. Elle fait quelque chose de plus modeste et, pour l'instant, de beaucoup plus utile : elle sait quoi faire dans plusieurs situations que j'ai décidé de ne plus gérer manuellement.

Ce que cette installation pourrait devenir ensuite

La suite logique n'est pas nécessairement d'ajouter davantage d'appareils.

Le passage vers la Gen 2 consisterait plutôt à donner aux scénarios actuels un contexte extérieur pertinent : calendrier, météo, horaire ou autre information qui n'a pas été créée pour commander la maison.

Ce sont des possibilités, pas des fonctions présentées ici comme déjà installées.

C'est une distinction importante dans une expérience réelle : mieux vaut montrer précisément ce qui fonctionne aujourd'hui que transformer un appartement existant en démonstration imaginaire de tout ce que la technologie pourrait faire.

À retenir

Cette installation m'a surtout appris qu'il existe une grande différence entre pouvoir commander sa maison depuis un téléphone et ne plus avoir à penser à certaines commandes.

La Gen 0 réclame une action humaine au quotidien. La Gen 1 prend en charge les tâches répétitives et réserve mon intervention aux situations qui ne se passent pas comme prévu.

Un téléphone utilisé au quotidien peut devenir un signal de présence. Home Assistant peut relier événements, conditions et appareils. Telegram peut servir non seulement à commander, mais aussi à créer une boucle de confirmation entre la maison et son occupant.

Rien de tout cela ne prédit l'avenir.

Mais lorsque la maison observe, attend, vérifie, demande parfois confirmation et agit ensuite sans qu'on ait à reconstruire mentalement la procédure à chaque fois, ce n'est plus seulement une collection d'appareils connectés.

C'est déjà, à mes yeux, un véritable smart home Gen 1.

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